CISTABLOG

DEMO-VIDEO-TRIO

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La formule en trio, une quadrature du cercle ?

Une chanson vit sur scène, c'est son milieu naturel.

Quelle que soit la taille de la salle où se retrouvent les personnes qui forment un public - identité floue et éphémère - il m'importe que la voix soit mise en avant : elle expose la mélodie et livre le texte. Ma guitare donne la palette harmonique du morceau et cadence le rythme.

La contrebasse de Yannick Prudent enracine, ancre mes chansons qui prennent alors une stabilité que je perçois dans les planches de la scène. J'attends deux choses de lui : assurer  les fondations à l'édifice et développer aussi bien des improvisations en pizzicati que des thèmes spécifiques à l'archet.  

La guitare de Pierre Besson apporte une troisième dimension. Il a une grande liberté pour habiller ma musique de contrechants qui - et je lui en sais gré - font écho aux phrases musicales originelles. Pierre puise dans son expérience (du rock au classique en passant par le jazz manouche) pour étoffer là un rythme, pour créer ici l'ambiance qui accentue le relief de l'ensemble.

Les savoir à mes côtés constitue à la fois une sécurité et un défi.

Post Scriptum. Je ne peux m'empêcher d'ajouter ce que m'écrit Patrick, un musicien canadien qui découvre la vidéo ci-dessus : "Comme on dit au Québec, lâche pas l’affaire ça sonne ben !" 

CONTACT : 06 09 47 00 43

Voir aussi BANDE-DEMO-TRIO ; DEMO-VIDEO-DUO ; LES MUSICIENS

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28 mai 2019

PASSAGE A LA RADIO

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RADIO-ARVERNE 

Gerzat, Puy-de-Dôme

Mardi 21/05/19

Me voici l'un des invités, deux heures durant, de l'émission "Chez nous c'est... comme ça" conçue et animée par Alain Vannaire.

L'exercice du passage à la radio prend des aspects divers selon le temps disponible et la pratique de l'animateur qui reçoit. Alain Vannaire est de ceux qui invitent par coup de coeur et par souci de faire découvrir. Autodictate, il puise ses références dans tout ce qui nourrit : l'amitié, la lecture, la réflexion, le hasard des rencontres... 

Je me régale de l'ambiance de ruche qui baigne les locaux d'une radio. Ici la parole est reine, la musique bourdonne. Aucun oeil cyclopéen d'aucune caméra observe pour amplifier vos gestes et vos regards. On entretient la conversation autour du micro comme autour d'un verre.

Alain Vannaire tricote deux fils rouges : l'annonce du Salon du livre à Blanzat (15 juin) avec Arthur Nesnidal, parrain de la manifestation et Maurice Vigier, président de l'association organisatrice ; ma participation aux Rencontres Marc Robine le 11 juillet prochain. 

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Ce qui l'intéresse tourne autour de ma "fabrique de chansonneux". Que signifie ce néologisme ? Comment peut naître une chanson ? Quelle part de littérature entre dans mon atelier d'artisan ? Qu'est-ce que travailler cet étrange alliage du texte et de la mélodie ? Qu'ajoute l'arrangement musical qui habille une chanson ?

J'interpréterai cinq chansons en direct. Pierre Besson (seconde guitare) et moi ne retrouverons pas nos repères sonores. Aucun retour de mixage, on ignore ce qu'entendent les auditeurs. On joue pour ceux qui sont là dans la pièce ? Pas vraiment. Je suis assis, près du micro posé sur la table qui capte et la voix et la guitare, je ne peux pas comme en concert doser la distance entre mes lèvres et le micro. Si on prend possession d'une scène, il est plus délicat de trouver des marques rassurantes dans ce coin de table. 

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La conversation est souple. Alain Vannaire n'interroge pas, il suggère. Ma pratique des Micro-Entretiens m'apprend qu'un entretien se prépare. L'invité est intéressant s'il est intéressé par le fait d'être sollicité. Il entend être écouté. Le regard de l'interviewer ponctue sa compréhension, ses interventions pour rebondir sur les propos qu'on tient, pour les approfondir et développer. Ainsi encourage-t-il à préciser, à lâcher davantage. Ses références, clins d'oeil à ce que l'on a déjà dit, écrit, diffusé attestent qu'il a travaillé, préparé et invitent à répondre à hauteur de cet intérêt. Bien évidemment, c'est le cas avec Alain Vannaire.

Dans la voiture avant d'atteindre la radio, j'avais dressé une liste d'idées maîtresses possibles à présenter, des mots-clés sur lesquels m'appuyer éventuellement, l'angle sur lequel je souhaiterais insister. Une fois l'émission lancée, une fois la conversation établie, l'improvisation s'impose. Et c'est un plaisir d'ouvrir dans le feu de l'action les plis del'inattendu, de la surprise et de la spontanéité. Cependant la préparation facilite cette parole alors naturelle.

Le lendemain, je reçois une réaction de J. qui suit attentivement mon travail : "Tu as remarquablement démonté la mécanique de création des chansons et du travail avec les musiciens. C'est rare de voir ce sujet abordé et c'est passionnant, on comprend que la réussite d'une chanson est le résultat d'un vrai travail. Le studio étouffe un peu l'impact des chansons mais j'ai trouvé les guitares parfaites. Très belle émission, j'espère que l'impact sera bon."

A la lecture de ce message, je suis content. L'enjeu semble atteint. Merci à J. Merci à Alain. Merci à celles et ceux qui ont piqué quelque chose de ces deux heures. Un étonnement, une confirmation, un désir, une satisfaction.

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10 mai 2019

BORD DE SCENE

On se retrouve au bord de scène ?

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Au théâtre, après spectacle, il arrive que les artistes se placent en bord de scène et discutent avec les spectateurs et spectatrices qui le souhaitent.
Ils recueillent à chaud leurs émotions, leurs avis et expliquent leur travail, dévoilent les secrets de leur création. Ce temps de rencontre prend le nom de l'emplacement où ils se tiennent : bord de scène. 
De même, au terme d'un concert, dans l'échange qui suit, verres à la main, les réactions spontanées se mêlent aux remarques personnelles et aux questions. En ce qui me concerne les propos entendus dernièrement me touchèrent par leur pertinence. Quelqu'un avait pointé le retour du mot "sang" dans mes textes. En effet il revient dans une chanson sur trois " lèche-sang; mon sang dans les veines; son sang; goût de sang; de son sang il se veut digne... "  Bien entendu, bien vu. Certainement cette récurrence n'est pas aléatoire.
En choisissant les chansons qui constituent le concert et décidant de leur enchaînement  j'avais pointé une autre fréquence répétitive avec le mot "sort". Ce constat me fit modifier des tournures, des vers, voire même transformer certains couplets. Depuis j'ai dressé - et je l'entretiens - une liste de mots monosyllabiques car ils sont précieux dans  cette écriture minimaliste, dans cette expression resserrée qui est un trait propre à la chanson. 

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Je retourne quelquefois dans Tom ou les mots les moins longs, le livre de René Droin qui aimait tant collectionner les mots. Tom, roman de 91 pages entièrement monosyllabique ! L'histoire ne bouleverse pas. Il s'agit avant tout d'un exercice ludique digne d'Oulipo : rédiger un roman en utilisant  uniquement des mots d'une seule syllabe, d'un seul jet de voix. L'ouvrage s'achève par un petit traité : L'art des mots qu'on dit d'un seul trait. 
Je relève, au passage... les mots monosyllabiques ne sont pas toujours les plus courts. Schtroumpfs, probablement le plus long des monosyllabes, a 11 lettres, tandis que aï, ce brave bradype paresseux et édenté bien connu des cruciverbistes, fait deux syllabes avec seulement deux lettres.
Question classique de bord de scène : comment fabrique-t-on une chanson ? Dans ma pratique, bien franchement, tout part de la musique. La plupart du temps, j'ai besoin de la contrainte des notes pour fixer les syllabes et les mots. 
Je possède une banque de mélodies en réserve. Elles naissent à partir de structures, de schémas, de grilles d'accords les unes semblent archi-connues, les autres résultent de trouvailles personnelles (mais il arrive qu'on croit inventer ce dont on se souvient).
Quand, à partir d'une idée, d'un thème, d'une expression, d'une image (issus d'une lecture, d'un film, d'une conversation, d'un document, de la vie...) survient l'envie de tricoter une chanson, je cherche dans ma banque quelle mélodie dégagerait le "climat", l'allure, la manière susceptible de mettre en forme ma petite suggestion.

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Et je brouillonne (le brouillon fut l'objet de ma soutenance d'animateur d'atelier d'écritureet je rabâche et je cherche avec crayon, papier, guitare, piano, dictionnaires et autres livres de référence. Quand un texte commence à naître il arrive de modifier la musique (ajouter des notes, en retrancher, en remplacer, en déplacer) voire même de la rejeter pour aller se coller à une autre. Je suis désormais très attentif à bien ajuster les temps forts et faibles de la mélodie au rythme de la phrase, je ne place plus les syllabes muettes sur n'importe quel temps de la mesure (principe trop longtemps négligé). 
Souvent j'ignore au début du chantier ce qui va découler. Excepté quand il s'agit de transposer un texte existant (par exemple LA BLONDEUR DU MIEL qui est une transposition d'un récit de Pourrat ; par exemple LE PRINCE LOUVETEAU qui est une transposition d'une nouvelle de DAUDET). 
Je suis en train de transposer un petit roman en chanson. Les chapitres me donnent une structure, un nombre de couplets. Et, car il faut sortir des habitudes, j'ai composé la musique dans l'intention de cette transposition. J'ai la mélodie et un début d'arrangement instrumental. Ceci va conditionner le texte, les paroles, leur ton, leur expression.

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En ce qui concerne la mise en chanson d'un poème existant, le travail diffère. Pas question de toucher au texte. Il faut le dire et le redire pour que de cette mise en bouche naissent l'ombre d'une musique, un semblant de rythme. Pas question d'aller piocher dans la réserve de mélodies pour s'en tirer à bon compte. La musique doit sortir du texte. Pour moi, c'est plus dur, plus exigeant.
 
Pour finir ce propos, je reconnais  comparer la chanson à la bande dessinée. Il s'agit de mélanger deux modes d'expression (musique/texte - dessin/texte) pour raconter quelque chose autrement que si on utilisait un seul mode. La bonne idée ne suffit pas, le bon texte ne suffit pas, la belle mélodie ne suffit pas. C'est le mélange qui compte. C'est pourquoi on ne réussit pas à chaque fois, loin de là.

28 avril 2019

FRANCHIR LE SEUIL DE L'ATELIER

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Quatre mouvements, quatre petits tours, quatre chansons

Désormais j'invite à franchir le seuil de mon atelier de chansonneux. Voici le détail de cette prestation : 

  • Je crois en l’homme : Lecture à haute voix des extraits de Recherche de la pureté de Jean Giono, préface des Carnets de moleskine de Lucien Jacques. Interprétation, guitare en mains, du Credo de Lucien Jacques. Commentaire  : comment mettre en musique un poème irrégulier et en vers libres. 
  • Etre Dauphin, ce n’est rien du tout ! : Lecture à haute voix de La Mort du Dauphin d’Alphonse Daudet. Interprétation, guitare en mains, du Prince louveteau. Commentaire : comment la mélodie modifie le vers et vice-versa.
  • Je reviendrai : Lecture à haute voix d'extraits du récit que Henri Pourrat consacre à Louis Mandrin dans Les Brigands, Trésor des contes. Interprétation, guitare en mains, de La Blondeur du miel. Commentaire : comment créer une fausse chanson traditionnelle de Mandrin à partir d’une anecdote.
  • Ne te fie qu’à toi : Lecture à haute voix d'un extrait de Moi, mes souliers, livre de Félix Leclerc, ainsi que de Nuance, court texte personnel. Interprétation, guitare en mains, de En vers et en prose. Commentaire : comment créer une chanson dans l’ombre de Félix Leclerc et dans la clandestinité de l’Oulipo.

Cette intervention (d’environ 1h20/1h30) s’adapte aux lieux et adopte deux formes :

    • En un endroit fixe (librairie, médiathèque, salle, jardin…), durée environ 1h20 ;
    • En une déambulation (de lieu en lieu dans une commune, sur des chemins de campagne…), la durée varie selon le parcours. Toute déambulation est une démarche dont l’allure suscite deux cheminements. Tandis que les pieds nous transportent d’un endroit vers un autre sans exigence de parcours ou de destination, la pensée, elle, sollicitée par les choses vues, entendues, ressenties, nous conduit vers une part menue d’inconnu et d’inouï. Déambulation ? Un aller-retour entre proche extérieur et for intérieur. La ballade est coupée de haltes où est entrouvert l’atelier du chansonneux (lecture, chanson, propos et commentaires).

Remarque : Tout ceci est aussi prétexte à relire Jean Giono dont on fête en 2020 le cinquantenaire de sa disparition, Henri Pourrat dont on commémore les soixante ans de son départ, Alphonse Daudet qu’on aime, qui agace et qu’on garde malgré tout, à relire et à réécouter Félix Leclerc, l’homme qui chante.

Voir aussi MA CHANSON EST UN MADRAS

MA CHANSON EST UN MADRAS

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À TRAME DE MOTS ET À CHAÎNE DE NOTES 

D'où sort ce terme, chansonneux, ignoré des dictionnaires ? 

Jadis le violoneux escortait les noces de village. Musicien plutôt modeste sinon médiocre, il connaissait trois brins de musique, deux douzaines de couplets à danser et tirait de son instrument au petit matin quelques refrains où naissaient des rêves de voyage et des larmes de chagrin.

Par analogie, le chansonneux serait un habitant du coin, semblable à tous et à personne, dont l’existence serait commune sauf qu’il fabriquerait, dirait-on, des chansons. Cet autodidacte aurait récupéré peu ou prou quelques ficelles pour tendre les vers et chipé ici ou là un bout de feu pour couler les notes au creuset d’une mélodie. 

Aujourd'hui, je pense que la chanson est un art de métissage, un habile croisement qui mêle deux savoir-faire différents. Puisqu'on aime les analogies, je dirais volontiers qu’une chanson est pareille au madras, cette étoffe de coton et de soie. J'imagine donc être, au moment où une chanson se fabrique, un artisan dont le métier à tisser travaille à trame de mots et à chaîne de notes.

D'où la proposition de pénétrer dans l'atelier du chansonneux...

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08 avril 2019

DEMO-VIDEO-DUO

Démo à deux

Tandem de guitares

Tandem : ensemble composé de deux éléments complémentaires. Cette définition convient, il me semble. Les guitares de Pierre Besson donnent un relief singulier à mes chansons. Bien sûr, la chanson doit être équilibrée à sa naissance entre paroles et musique. Elle vit sur scène, face aux personnes qui, tel ou tel soir, constituent un public (jamais le même). 

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Tandem : le terme indique que les deux éléments sont l'un derrière l'autre. Le genre de chansons que je propose aligne tout d'abord la voix car elle raconte quelque chose, elle doit rester audible, elle s'appuie sur une mélodie que soutiennent les instruments.

Réflexion entendue après un concert : on peut écouter chaque instrument, ils s'ajoutent sans se confondre. Satisfecit.

Pierre possède la rigueur du musicien entraîné et la fantaisie d'une imagination nourrie de musiques de tout poil, de tout bord, de toute époque. Il adapte technique et registre selon la couleur, l'ambiance qui mettra la chanson en valeur, en relief.

 Voir aussi LES MUSICIENS / DEMO/VIDEO/TRIO / BANDE/DEMO/TRIO/AUDIO

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HOMMAGE A GEORGES MOUSTAKI

Des chansons qu'on chante ensemble

Lors du concert inaugural du salon La chanson des Livres en 2014 (Randan, Puy-de-Dôme), hommage rendu à Georges Moustaki décédé un an auparavant. Sur le plateau : Fabienne Thibault, Remo Gary, Jofroi, François Corbier, Coline Malice, quelques autres... et moi (émoi !)

Sans hésiter j'avais proposé aux organisateurs d'interpréter Le temps de vivre. Mes doigts se souvenaient du petit picking à la guitare mis en place trente ans plus tôt ! Les paroles tournicotaient encore sur la langue. Il convenait d'adopter une interprétation plutôt neutre, dans le droit fil des soirées de jadis quand on chantait à plusieurs - avec ou sans feu de bois.

Une vidéo saisie à la va comme je te pousse (voir ci-dessous) témoigne de la spontanéité des personnes qui, dès le premier mot, se mirent à chanter. Sans forcer, sans vouloir remplir l'espace d'une fureur quelconque, non, mais comme un souvenir évoqué en passant, comme un aller-retour sur le quai d'une douce nostalgie qui s'envole dans la bise marine.

Dans les années soixante, septante, du temps où nous, les croque-notes en herbe, gratouillons nos guitares plus ou moins bien accordées, tout un répertoire s'échangeait : bien sûr les partitions de Georges Brassens, mais aussi les refrains d'Hugues Aufray, les ballades de Graeme Allwright, les ritournelles de Joe Dassin, les complaintes de Georges Moustaki, etc. Des chansons aux mélodies faciles à attraper. On mémorisait les paroles en les fredonnant, on ajoutait des voix à la tierce, à la quinte... On les aimait car on pouvait les chanter ensemble par plaisir de chanter, par bonheur d'être là le plus modestement du monde, sans chercher aucune performance vocale ou musicale. Pour que nos voix vibrent dans le même air de nos présences. 

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Georges Moustaki, je l'ai découvert un matin de 1969, face à Denise Glaser (Discorama, émission télévisuelle et dominicale). Elle le décrivait comme un discret créateur et lui, il  affirmait son aptitude à la paresse... Mais qui était donc ce modeste flemmard derrière sa barbe ?

Il chanta Le Métèque. Juif errant, déclama-t-il, pâtre grec et évidemment métèqueJ'ignorais l'injure raciste. Initié au grec ancien, je connaissais le mot métèque pour désigner dans les versions scolaires l'étranger établi en Grèce sans avoir droit de cité. Cette chanson m'a convaincu que mépris, discrimination et ségrégation formaient la devise d'une tribu sédentaire se nourrissant de salades de jalousie, de daubes de méchanceté et de marmelades de violence. Les membres de cette tribu je les rencontre quelquefois. Je les identifie car ils me ressemblent. Sans doute, à mon insu, suis-je l'un d'eux selon les critères de mon voisin proche, car on est toujours l'imbécile de quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ? L'Histoire m'apprend la récurrence des épidémies bestiales. A force d'entretenir ici ou là une condition de bétail humain on favorisera sans cesse la propagation de la bestialité.

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  Le Monde d'hier, ultime testament de Stefan Zweig, "retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941". Plaidoyer pour l'Europe, défense de l'humanisme, éloge de la pensée. Un livre de chevet pour aujourd'hui. Il m'aide à conforter la conviction que la nature humaine, dès l'enfance, n'est ni bonne ni mauvaise et qu'il appartient à chacune et à chacun, tout au long et tout au large de sa vie, d'apprendre à identifier ses instincts grégaires, ses pulsions en foule, en cortège ou en armée, pour les maîtriser, les dominer, les vaincre.

C'est pourquoi il est sage de chanter à deux, à trois, en choeur, ensemble, le plus naturellement possible, Le Temps de vivre, et de fredonner cette promesse en l'avenir avec celles et ceux qui bientôt nous remplaceront, qui déjà nous remplacent. 

Prenons le temps de chanter et "Nous prendrons le temps de vivre..."

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07 mars 2019

L'AUNE DU VENT

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Pour qu'une chanson m'aille

Démêler puis recroiser trame et chaîne

Trucmuche compare Brassens et Brel afin de mettre en évidence deux manières de peaufiner une chanson. Il m'explique : Jacques Brel ajustait les chansons sur scène comme un comédien rôde son rôle au théâtre; son interprétation se bonifie chaque soir. Il polit dans l'action. Quand la chanson, après les modifications apportées au vif et au fil de son éxécution, accouche des mots justes, permet les bons gestes et s'accorde la meilleure cadence possible, elle est prête à être mise en conserve, c'est à dire à figurer sur un disque. Oui, dis-je, sauf pour l'ultime album, le bleu, celui des Marquises. Brel a chanté, réplique Trucmuche, avec l'orchestre, simultanément, comme s'il était sur une scène. Il a réponse à tout. Je le soupçonne même d'aimer planter trois points d'exclamation pour borner ses phrases. Point barre. 

Georges Brassens, lui, réattaque Trucmuche, ne livrait sur scène que des chansons achevées, longuement et minutieusement montées, ressort après ressort, roue après roue dans son atelier d'horloger-poète. Sur scène, pas de mise en scène, tout est là dans le petit mécanisme. Soyez attentifs, mesdames et messieurs, au tic-tac qui sort du coffre de la guitare, de la moustache du bonhomme et du balancement de la contrebasse. L'image de l'horloger est de mon cru, Trucmuche filait la métaphore du boulanger : la farine, le levain, la cuisson, etc. Je le soupçonne de lorgner langoureusement sa boulangère.

Trucmuche est fier de sa démonstration. Il aime dire : il y a deux manières de faire... ; il existe trois écoles... Il compartimente : les amis des chiens, ceux des chats ; les fans des Beatles, les mordus des Rolling Stones... Il questionne : tu es Spirou ou Tintin ? Gauche, droite ou centre ? France Inter ou Europe 1 ? Thé ou café ? Mer ou montagne ? PSG, OL ou OM ? Essence, diésel ou électrique ? Voile ou vapeur ? Polar ou thriller ? Chanson qui danse ou chanson qui pense ? La liste est longue et épuisante.

Je laisse Trucmuche à ses statistiques et avec - cela va de soi - une modestie toute de rigueur, je farfouille dans mon petit stock de chansons. Je trouve, entre autres, des chansons achevées mais ratées. L'idée originelle promettait beaucoup mais le résultat fut décevant. Je mets la main sur des chansons qui ne me correspondent plus ni dans leur forme ni dans leur contenu. Cependant parmi cette sélection j'isole une poignée de chansons reprises ou plus exactement reprisées. Détricotées et retricotées. Ce, souvent à la demande des fidèles - il en est - qui me font l'amitié d'oublier combien mes primes essais regorgeaient de balourdises et de maladresses du temps où je m'appelais Machin. Désormais j'ai le temps et la patience de ne plus me satisfaire des premiers jets. 

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Ainsi, pour les surprendre et séduire, en avril 2016, à l'Equateur (Saint-Galmier, Loire) - un caveau où l'on sait que l'on joue trop fort dès que le salpètre se détache de la voûte - je présentais une nouvelle version de L'AUNE DU VENT (la troisième, me semble-t-il). Interprétation bien loin de l'enregistrement de jadis sur vinyle. S'il fallait sauver un seul vers de ce texte, ce serait : "Sans départ nulle vie ne prend l'aune du vent", pardon pour cette rapide autosatisfaction, mais j'ai plaisir à dire (chanter) cet aphorisme-là.

Ce soir-là, une personne anonyme a tendu un appareil pour saisir le moment. La vidéo (voir ci-dessous) livre une image de piètre qualité. Tant pis, le son est acceptable. De toute façon, on appréciera l'accompagnement de la contrebasse conduite par Yannick Prudent.

Dans cette chanson-là, me semble-t-il, la nouvelle version m'allait bien. J'étais à l'aise dans ce costume du gugusse épris de rupture avec un passé étriqué autant par la routine que l'amitié clanique.

05 février 2019

LA BLONDEUR DU MIEL

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Voir UNE AUTRE CHANSON DE MANDRIN

afin tout savoir sur le pourquoi et le comment qui donnèrent naissance à cette chanson...

Il sera alors question du brigand, de son frère Pierre, de son trésor mais aussi de Grenoble, Valence et Fix-Saint-Geneys, de musique amérindienne et d'Henri Pourrat !

  (Paroles & musique : D. Cista)

Et si la vie prenait rondeur d’arc-en ciel,

Et si la vie prenait la blondeur du miel.

1/. Ils venaient tout droit du Puy,

Chevaux écumants,

Juste quand sonna minuit,

Entraient gentiment ;

Dans le chœur, près de l’autel,

Les vingt malandrins

Chantonnèrent la Noël,

Le regard serein.

2/. Entraînés au réveillon,

Ils ont remercié

Qu’ainsi nous les accueillions,

Francs comme l’osier ;

Celui qui parut le chef,

Conta ses combats,

Ses bons tours et ses griefs,

Offrit du tabac.

3/. Une fille du pays

Lui saisit la main

Pour danser, il obéit,

Joyeux et gamin ;

Il distribua mouchoirs

D’indienne et choisit

Pour elle seule un foulard

A sa fantaisie.

4/. Elle dit : « Si vous restez,

On vous défendra,

Vous aurez ma loyauté,

Mon père voudra » ;

Il revit les coups du sort,

Coups de pistolet,

Les soldats du roi, les morts,

Son frère au gibet.

5/. Ell’ tendit un verr’ de vin

Comme on tend son cœur,

Sa tendresse et son destin,

Son sang, son bonheur ;

Mais lorgnant ses compagnons,

Il a prétendu 

« Seuls, sans moi, ces troufignons

Sont enfants perdus ».

6/. Il posa le verr’ de vin,

Dit : « Je reviendrai »,

Puis partit très vite au loin

De Fix-Saint-Geneys ;

C’était le fameux Mandrin,

Louis de son prénom,

La fill’ garda son chagrin,

On cacha son nom.

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03 février 2019

UNE AUTRE CHANSON DE MANDRIN

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LA BLONDEUR DU MIEL

En février de l'an dernier, histoire de soulager la planche d'une étagère, je classe de vieux papiers et retrouve les paroles de LA COMPLAINTE DE MANDRIN. J'aimais beaucoup la chanter, enfant, dans ma fratrie.

Cette histoire m'intriguait. Pourquoi ce voleur avait-il mérité une chanson qui traversait les siècles ? Pourquoi partir vendre en Hollande des vêtements volés à un prêtre ? Je voyais le curé de chez moi : mais qui voudrait acheter et porter une soutane semblable à la sienne, une robe sombre et triste ? Comment du haut d'une potence, si haute soit-elle, pouvait-on contempler... la France ? Vraiment, tout un pays ? Quel panorama ! Quel regard ! 

En 1968 ou 1969, alors que je m'esquintais les doigts à plaquer trois accords sur le manche d'une guitare espagnole, je découvrais la version de Guy Béart (avec une modulation qui me parut singulière sur le "vous m'entendez.."). Puis je fus surpris par celle du Quartet de Lyon. Je pris goût à la version d'Yves Montand. Bien plus tard je reçus des échos des Fils de Mandrin du groupe Ange. Près de Vichy j'eus vent de la légende du trésor de Mandrin aux Malavaux (Cusset, Allier). Puis les saisons passèrent.

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L'an dernier, je mis également la main sur le numéro spécial d'Historia de 1981 "La course aux trésors en France". Dans ces pages, Didier Audinotun chasseur de trésor, (alors directeur de la revue Prospections) signe un article titré Le butin de Mandrin. Dès les premières lignes il évoque trois frères Mandrin : Pierre, Claude et Louis. Pierre, l'aîné, précise-t-il, forme sa propre bande de contrebandiers. Il est assez vite pris et pendu. Audinot précise "... c'est en son honneur qu'est composée la complainte de mandrin". Il n'en dit pas plus à ce sujet, ne cite aucune source. Je suis désarçonné, quoi, le Mandrin de la complainte ne serait pas le bon Mandrin ! Petite recherche : en effet, Pierre Mandrin est jugé à Grenoble, condamné à la pendaison. La chanson cite des juges grenoblois et parle bien de gibet. Son jeune frère, Louis, le fameux Mandrin, sera jugé et subira le supplice de la roue à Valence. Audinot tiendrait-il la vérité ?

Pour entendre un bel éventail de versions diverses et variées de la Complainte, pour tout connaître - ou presque - des mandrinades, courir et sauter illico à deux pieds dans le site Mandrin, bandit ou héros ? C'est une belle banque de ressources qui vaut le détour. 

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Quant à moi, j'ai plongé dans Les Brigands d'Henri Pourrat. Il consacre presque vingt pages à Mandrin : "Il y avait une fois un garçon qu'on appelait Louis Mandrin, né dans la montagne du Dauphiné, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs." Les Brigands, l'un des recueils du fabuleux Trésor des contes, n'est pas un livre d'Histoire, je veux dire l'ouvrage d'un historien. Henri Pourrat marche, traverse son pays en recueillant et rassemblant des contes. Les pages consacrées à Mandrin, Pourrat les débute selon l'usage du merveilleux, il développe la légende, le mythe, n'économise guère l'extraordinaire (Louis serait né poilu comme une bête et la bouche munie de toutes ses dents, zeste et peste !). Puis il cesse de rapporter les rumeurs, s'arrête : "Non, non, non ! Contes idiots! Tout le vrai de cela, c'est que Mandrin a eu à pâtir des procédés de la Ferme." Il raconte désormais au plus près des faits et gestes du contrebandier rebelle, en guerre contre les Grands Fermiers Généraux, entendons bien, il s'oppose au système fiscal... Là, l'écrivain se fait plus historien que conteur. Enfin, il s'attarde sur une anecdote, il la déploie en romancier. C'est là qu'il excelle, c'est alors que j'aime sa langue, ses tournures, sa perception des choses. Voyons cela.

L'événement se déroule près de chez lui, à quelques jets du Vernet-sur-Varenne où il s'installe durant une moitié de l'année. Pour être précis nous voici à Fix-Saint-Geneix (Geneys désormais). Vingt-quatre décembre 1754. Talonné par les chasseurs de Fischer, menacé par les dragons de La Morlière, Mandrin et ses compagnons arrive à Fix à l'heure de la messe de minuit. Je vous lis la suite...

Ce moment de tendresse entre Louis Mandrin, l'ennemi public numéro un et la jeune paysanne inconnue me plaît beaucoup. Je le relis plusieurs fois. Le brigand ne reviendra pas, on connaît la suite au château de Rochefort et la fin à Valence. Mais qu'est devenue cette fille ? Si le fait est authentique, si Henri Pourrat a recueilli cette anecdote de la bouche des gens de Fix qui en ont conservé le souvenir comme on se transmet un secret, sait-on quel fut le regret, le chagrin de celle qui aurait pu devenir l'épouse du bandit ? Tenté en un premier temps de raconter cette suite-là, je m'en tiens finalement à écrire une autre  chanson de Mandrin en transposant cette soirée de Noël, de l'arrivée de la bande à Fix jusqu'à leur départ précipité. Zou, papier, crayon, première étape du brouillon.

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Selon mon habitude, j'ai besoin d'une structure, d'un rythme, d'une cadence, d'un bout de mélodie pour placer les mots, les syllabes. Une suite d'accords à la guitare.

Je m'applique à suivre le récit de Pourrat, j'en tire une douzaine de moments, de tableaux, j'imagine douze couplets de quatre vers. Mais assez vite je les rassemble deux par deux, et modifie au piano la mélodie de la seconde partie de chaque couplet.  

Je décide de ne nommer Louis Mandrin qu'aux dernières lignes, après même son départ et de laisser entendre qu'afin de protéger la jeune fille, de lui éviter tout éventuel tracas pour avoir osé s'éprendre du vil contrebandier, les gens de Fix décident de taire son nom. On respectera son chagrin par amitié peut-être envers son père, par amitié sans doute envers ce Mandrin qui égaya pareille nuit de Noël !

Le refrain ? Il doit traduire mon sentiment, ce que je retiens de cette histoire : la tentation qui traverse Louis de lâcher ses campagnes, sa révolte contre l'autorité royale et de jouir d'une existence pacifiée dans la rondeur des saisons. Rondeur... couleur... douceur... saveur... d'hésitation en hésitation je suis arrivé à formuler : "Et si la vie prenait rondeur d'arc-en-ciel, et si la vie prenait la blondeur du miel ?"

 

Numériser

Je lis à cette époque Les Indiens d'Amérique et leur musique de Frances Densmore. Dans la partie "Quelques particularités de la musique indienne", je remarque : "Une opinion courante sur les chansons indiennes veut qu'elle commencent haut, se terminent bas et soient plus rythmiques que mélodiques. D'une façon générale, cela s'avère juste."  

J'écoute un CD de musique amérindienne pour vérifier par moi-même.

Je compose la phrase mélodique de mon refrain sur cette même ligne descendante avec, petite curiosité, un triolet final.

Les paroles finales ? Voir LA BLONDEUR DU MIEL

En public, j'introduis cette chanson en évoquant Mandrin, Pourrat et Fix-Saint-Geneys... Pourquoi ne pas laisser la surprise de découvrir qu'il s'agit du célèbre brigand ? Au contraire,  le savoir augmente l'attention de l'auditeur. Un peu dans l'esprit des Columbo : on connaît le fin fond de l'air et de la chanson mais l'on veut assister à l'enquête, on désire se laisser mener par la manière dont on va nous raconter cette affaire-là.

Voir aussi MA CHANSON EST UN MADRAS & FRANCHIR LE SEUIL DE L'ATELIER