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CISTABLOG

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21 octobre 2022

UNE CHANSON EST UN O.V.P.I.

ENTRETIEN SUR RADIO-CRAPONNE

Craponne-sur-Arzon, le 20/10/2022

Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), commune au passé médiéval connue par les amateurs de campagnarde musique étatsunienne (festival de country). Ici, on lit L'éveil (le journal qui veille) et on écoute Radio-Craponne (la radio qui étonne). Quarante ans de radio associative et locale, quarante ans de passions (le sport, la chanson, les gens) pour son créateur et président Jean-Pierre Langénieux !

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Me voici de nouveau face à un micro pour présenter DU CÔTÉ DE GASPARD. À chaque fois - forcément - il me faut donner des informations identiques (genèse du projet, évocation de Henri Pourrat, roman dit de Gaspard) tout en attendant que mon interlocuteur m'ouvre une piste nouvelle. Ce jeudi-là, avec Jean-Pierre Langénieux, nous évoquerons Graeme Allwright qui demeure à l'origine de mon goût à fabriquer des chansons. L'occasion me sera donnée de préciser ce qui motive le chansoneux que je suis de mettre un poème en musique.

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Pourquoi mettre un poème en musique ? Pour lui donner une voix, pas donner "de la voix", mais une voix, une voix parmi d’autres, la mienne. Il n’est pas question de m’ajouter à l’auteur du poème mais faire en sorte que ses mots s’ajoutent aux miens et m’augmentent, me valorisent, me donnent davantage à voir, à entendre, à toucher, à sentir et ressentir. À  m’ensemencer.

Puisque le texte écrit se présente en entier au lecteur, rangé et arrangé dans la page, nous pouvons dire qu'il est engrangéLe texte déclamé, chanté, simplement lu à haute voix, se déroule au grain du temps et s’incarne au grain de la voix. Il est semence.

Un poème mis en musique devient-il une belle chanson ou une bonne chanson ?  

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Pourrait-on distinguer une belle chanson d'une bonne chanson ? En sondant aléatoirement  autour de moi, je reçois des réponses où les personnes interrogées nomment le plus souvent leurs chansons préférées. Les motifs des choix mélangent arguments objectifs et subjectifs. J'en arrive aujourd'hui à poser l'alternative suivante :   

  • Une belle chanson : à chacun et à chacune la sienne, les siennes, le jugement est personnel, d'ordre subjectif. La chanson plait, touche, révèle une émotion, un sentiment, une empathie, un élan... Elle appartient au Panthéon de chaque être.
  • Une bonne chanson : elle est bien faite, elle résulte d’une maîtrise aboutie. Elle répond à des critères d'ordre objectif d'une juste facture. Elle est l'accomplissement d'un travail soigné ou d'un savoir-faire spontané. Elle mérite de figurer au Conservatoire patrimonial des chansons réussies.

D'un poème de Jean-Pierre Siméon, j'ai cueilli une formule qui fait image et qualifierait toute chanson à la fois belle et bonne : un souffle comme un papillon dans les flammes...

Je commence à penser que la chanson serait un O.V.P.I. : Objet Volatil Presque Identifié et me réserve bien sûr la possibilité de changer d'opinion.

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10 octobre 2022

INTERVIEW, ENTRETIEN ou ENTREVUE ?

ÉMISSION EN DIRECT

DU 07/10/2022

RCF SAINT-ETIENNE

(avec Jean-Claude Duverger)

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Interview ou entretien ? L'anglicisme interview est un mot français emprunté : entrevue ! 

Entretien ou entrevue ? La nuance est mince. Le premier terme désigne un échange de paroles, une conversation, une discussion; le second évoque un face-à-face, un tête-à-tête où deux personnes s'isolent... pour s'entretenir ! 

Ce vendredi sept octobre, face à Jean-Claude Duverger, dans l'ouate du studio, pas de doute, me voici tenu à converser avec lui à bâtons rompus. Il est l'animateur, il est chez lui, je suis son interlocuteur invité, invité à m'installer confortablement puis à prendre parole pour répondre à son attente d'information.

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Pareil dialogue peut conduire à un dialogue de sourds s'il s'établit un banal échange de monologues successifs. Jean-Claude pratique depuis tant d'années l'art de la parole et développe une insatiable curiosité pour les  êtres et pour ce qui les habite qu'il transmet cet appétit aux auditeurs et aux auditrices. Tête-à-tête, oui; casse-tête, non.

Documenté, il choisit sur quelles pistes notre conversation pourrait cheminer. Il me les suggère juste avant de lancer l'émission. Ces instants constituent sa manière d'accueillir l'autre, de lui montrer l'intérêt qu'il lui porte et de le rassurer : ici, on ne cherchera pas à vous déstabiliser, pas question de pousser quiconque dans ses retranchements. On aide à accoucher d'une parole qui reste personnelle. 

Jean-Claude Duverger sait de quoi il parle, il souhaite alors de ma part une confirmation, une justification. Quelquefois avec doigté il me laisse libre d'évoquer une idée à ma guise. Enfin, il lui arrive de reformuler mes propos pour que j'enrichisse mes déclarations.

Et c'est ainsi qu'au terme de l'émission je m'étonne que la demi-heure ne contienne que trente minutes.

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4 septembre 2022

L'ENTRETIEN RADIOPHONIQUE

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"Du côté de Gaspard"

 RADIO-PLAINE (Loire), le 03/09/2022 

L'exercice de l'entretien est une pratique que notre époque décline à foison : audience, entrevue, interview, tête-à-tête, entretien professionnel, entretien téléphonique, entretien d'embauche...  

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L'entretien radiophonique, lui, se dote d'une double dimension singulière : confidentialité et spontanéité. Il s'agit de recueillir des informations, des explications, des avis, des confidences, etc. sur le vif d'une conversation et dans la rondeur de la proximité.

On parle alors le plus naturellement possible dans un échange improvisé (quand bien même  disposerait-on de notes et de pense-bête) et sous la houlette de l'interviewer.

Lors de mon premier entretien radiophonique je ressentis une impression de bienveillance ouateuse : lumière tamisée, murs de liège, table ovale,  casque au son juste et net. En face, un journaliste détendu et rassurant, dans mon dos, "l'aquarium" où un technicien nous observait avant de lever la main : cinq, quatre, trois, deux... Aucune question ne me mit en défaut, toujours ouverte. Mon interlocuteur écoutait mes libres propos, son regard bien loin de toute susceptibilité et de tout soupçon. L'heure fut bien courte.

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D'où, après une si confortable amorce, mon goût pour m'entretenir dans les locaux mêmes des radios locales. Souvent leurs studios sont de charmants bric-à-brac ! Je préfère évidemment croiser le regard de la personne qui m'interroge, craignant ces  questionneurs et questionneuses, les yeux rivés sur leur fiche chiffonnée, qui mécaniquement opinent du chef au hasard de mes déclarations, à l'affût d'une respiration, d'une pause, d'une hésitation pour brandir la question numéro 6, 7, ou fichtre, griffonnée à la hâte et qu'ils cochent scrupuleusement avec la satisfaction... d'avancer.

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Avant l'entretien, je choisis quelques mots, quelques formules à placer si possible afin de traduire ma réflexion, ma pensée, mon état d'esprit du  jour, car l'entretien offre une belle occasion pour tracer un bout de bilan sur un travail. Il permet de mesurer combien il intéresse (ou pas) cet autre, cette autre, cette personne qui me reçoit...

Bien sûr je crois volontiers que l'entretien sera réussi si les individus en présence se mettent en confiance, sans complicité absolue, mais avec l'idée tacite de converser sincèrement ensemble, sans préjugé, sans idée préconcue.

Ma propre pratique de l'entretien (Micro-entretiens), c'est à dire lorsque je suis celui qui tend le micro, se nourrit de ces occasions où je suis celui qui parle "dans" le micro... J'attends que l'autre me surprenne au coin de sa voix.

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11 avril 2022

LA CLEF "DU CÔTE DE GASPARD"

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Voici la clé Du côté de Gaspard, 
suite de quinze chansons
Loin de toute virtuosité instrumentale
et de performance vocale, 
j'ai patiemment tenté une orchestration qui, 
par touches singulières, 
Partir sur les chemins
aux côtés de Gaspard, 
et ce, par chance, 
Suffirait-il d'une d’une clef ? 
En bois d'érable reconstitué,
cette clé USB contient l'ensemble de ce travail
de croque-notes solitaire. 
8 mars 2022

L'ELAN D'AMOUR

 La chanson L'Elan d'amour.

Tirée de DU CÔTÉ DE GASPARD, elle se caractérise par une mise en forme simple : des coups de balais sur la peau d'une caisse claire pour cadencer les vers, un picking haut perché sur le manche d'une guitare pour porter la mélodie que la voix dépose dans l'oreille, sans effet ni effort, comme une confidence. Bonne écoute.

 

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23 février 2022

DU CÔTE DE GASPARD

Saint-Etienne, le 22/02/2022

Un mardi comme tous les autres, si ce n'est que, là, le chiffre 2 s'amuse à bégayer ! Les numérologues commenteront à loisir et attribueront avec habileté ou naïveté un sens caché à cette curiosité passagère.

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Sur la page de mon agenda figure "STUDIO MAG / ANGELO". Une brouette  d'anxiété me réveille tôt. J'ouvre des volets sur la nuit qui s'enfuit. Proche, un grand duc hue. Arriverai-je à l'apercevoir une fois, une seule autre fois ? 

Direction Saint-Etienne où Angelo Pagano m'attend pour finaliser le travail que j'ai titré DU CÔTE DE GASPARD, un ensemble de quinze chansons rendant hommage au roman de Pourrat, Gaspard des Montagnes.

Après avoir fondu ensemble texte et mélodie pour obtenir leur alliage - la chanson, j'ai forgé pour leur donner forme, pour arranger leur structure, leur équilibre, leur aspect. Après ce forgeage, vient le moment du polissage.

Dans cette métaphore filée, je suis le fondeur et le forgeron ; Angelo sera le polisseur. Je lui amène des objets bruts, il leur donne du grain, de la rondeur, de la brillance.

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Studio Mag. Depuis 2009, c'est la quatrième  fois que mes chansons passent par là pour être affinées, affûtées, bref abouties. Toujours accueilli avec égard, toujours traité avec bienveillance, je ne suis jamais snobé pour ne pas être un "nom d'affiche".

Voici, en-dessous, un aperçu de cette coopération, voici les incipits des quinze chansons.

Bien sûr, grande liberté à chacun et à chacune de réagir en bas de message. 

NOTA BENE : les coups de coeur d'Angelo... Le coeur saigne, Cassiopée, mais surtout, surtout... L'élan d'amour !

 

 

 

 

 

 

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8 février 2022

RUE GASPARD DES MONTAGNES

DU CÔTE DE GASPARD 

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Gaspard des Montagnes, le roman de Henri Pourrat, jalonne les sentiers de mon existence.

Enfant, au pied des Monts du Forez, ce sont les farces de Gaspard que j’entends conter en grimpant vers les bois.

Plus tard, à Clermont-Ferrand, chez Jean Rome, libraire rue des Gras, je lorgne l’édition définitive du roman (Albin Michel), émerveillé par les gravures sur bois de François Angeli. Me contentant de deux tomes en format de poche, trouvés en occasion, je plonge enfin au cœur de l’histoire aux cent histoires. Je bois du petit lait. Une fête ensorcelante. Je suis transporté et vis aux côtés de Gaspard, non seulement égayé par ses farces, mais ravi de ses vaillances et aventures, de ses amours, amitiés, batailles, guerres, humeurs, passions… de même des joies et malheurs de sa trop tendre cousine, Anne-Marie Grange !

Je vais sur les lieux qu’habite tout ce peuple romanesque : Saint-Amant-Roche-Savine, Ambert, Pierre-sur-Haute… Depuis, avec un bonheur retrouvé et renouvelé, je relis encore et toujours ce roman à la fois classique et atypique(désormais dans la belle édition d’Albin Michel).

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En 2020, année du Grand Confinement, sur ma planche de travail, une douzaine de chansons en ouvrage. Mais le cœur n’y est pas. Dépassant d'une pile branlante de livres à ranger, le recueil de poèmes, Dans le vert des Montagnes, Jacques Viallebesset chemine sur les pas de Gaspard, attire mon regard perdu dans des songes moroses. Livre ouvert sur la table, guitare au flanc, je murmure quelques vers sur des accords hésitants. A force de mettre ainsi en bouche grappes de mots mûris, flux de strophes scandées, voici qu’un tremblement de mélodie s’accroche au rythme de l’instrument, voici qu’un chant sort des limbes. Puis deux, trois. Quinze.

Je téléphone à Jacques V. : J’ai un aveu et une permission à formuler. Sa réaction ? J’ai toujours rêvé que l'on mette mes poèmes en musique. 

NumériserAfin qu’il les entende, confinement oblige, je lui transférerai des fichiers sonores. J’enregistrerai voix et guitare. Tentation d’ajouter un bout de piano, un soupçon de contrebasse, une nappe de cordes… et le croque-notes que je suis se piquera au jeu de l'arrangement musical. Je m’engagerai dans un lent cheminement de composition. 

Composer, c’est mettre ensemble, déposer, répartir, mettre en place. La mélodie porte les paroles, se combine avec les instruments en présence. Chacune des quinze chansons s’articulera dans un dispositif musical. Le mot partition suggère souvent une division, un partage, un découpage ; ici, il rassemble pour que les éléments s'ajoutent, se complètent, se mélangent.  

Puisse cet ensemble donner le désir, le goût de lire et de relire Gaspard des Montagnes. Ouvrons les pages de Gaspard, entrons dans son pays, dans la langue de Pourrat, aux côtés de Gaspard. Pour moi, comment ne pas rester à jamais du côté de Gaspard ? 

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11/02/2022, Ambert (Puy-de-Dôme) / Ce matin, funérailles de Mme Annette Lauras-Pourrat, dernière fille de l'écrivain Henri Pourrat. Les éditions Tchou, en 1973, avait édité son Guide de l'Auvergne mystérieuse. Dans sa préface, Jacques Richard affirme : L'Auvergnat ne nie pas l'invisible. Il ne le refuse pas. Il s'en accomode comme du reste. Il l'apprivoise. Si bien que l'invisible est partout. 

19 janvier 2022

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

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Le rat de ville et le rat des champs 

Lycée, classe de première, cours de latin. Version latine, une fable d'Esope.

Le professeur arrête un instant le dialogue instauré entre nous, élèves apprentis traducteurs et lui, guide et maître. Il tire de sa serviette un livre couvert de kraft, l'ouvre là où un papier déchiré fait office de marque-page. Visage réjoui, sourire aux lèvres, il lit la fable sur laquelle nous nous échinons mais, dans la langue de La Fontaine.

Le vieil homme aux cheveux blancs (il doit bien avoir dépassé la cinquantaine...) transmet son plaisir instantanément. Heureux de son effet qui nous éveille, le voilà qui improvise une lecture comparée et commentée entre le texte latin et la transposition versifiée de Monsieur de La Fontaine. Une leçon de lecture et d'écriture unique. Un moment d'émerveillement dans une scolarité d'ennui journalier.

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En 1980, je plonge dans les Fables (Intégrale, Ed. du Seuil) et m'arrête sur Le Rat de villes et le rat des champs. La fable présente sept quatrains réguliers de quatre vers isométriques, c'est à dire comportant tous le même nombre de syllabes : ici, sept, ce sont donc des heptasyllabes ("Ha, la belle chose que de savoir quelque chose"...)

Vers impairs qui se prêtent si volontiers à la chanson, ne cesse-t-on de répéter, ici et là, dans les ateliers d'écriture chansonneuse. Allez donc voir du côté de Verlaine...

Petite curiosité : La Fontaine utilise ici des rimes alternées (A-B-A-B). Cependant, à l'ultime strophe, les rimes s'embrassent (A-B-B-A), comme pour attirer l'attention, tendre l'oreille aux deux derniers vers qui offrent la morale de l'histoire. Malin, le fabuliste ; habile, le papillon du Parnasse, fûté, le libre esprit, jouisseur des plaisirs de l'existence.

Je tente de dire ces vers à la manière du professeur de latin, tout d'abord maladroitement  puis plus aisément, La Fontaine place assez d'indices pour aider la lecture. "Notre littérature classique est essentiellement orale" (Pierre Clarac).

Je tapote des doigts, je dodeline du chef... 28 syllabes par strophe... Très vite, il me semble évident de consacrer une mesure par vers, mais de les attaquer en les décalant, c'est à dire de ne pas commencer sur le premier temps d'une mesure mais sur le quatrième.

Sept strophes ? J'entrevois une structure :

  • 2 quatrains présentant la situation initiale, le "qui-fait-quoi", à savoir le festin des deux rats amis  ;
  • 1 quatrain où débarque l'élément perturbateur : la fête est troublée par l'arrivée d'une personne anonyme ; 
  • 2 quatrains pour raconter la conséquence au problème précédent : la fuite des deux festoyeurs, la fin de l'alerte, leur retour au festin ;
  • 1 quatrain pour exposer le renoncement du campagnard, son invitation à l'adresse du rat urbain ;
  • 1 quatrain qui donne la pensée du rat des champs et la moralité de l'histoire.

Ce plan guidera mon choix : une même mélodie pour les couplets 1, 2, 4, 5 et 7, et une seconde pour les couplets 3 et 6.

Mélodie simple, facile à mémoriser, qui autorise le chanté-parlé, genre faux country blues (et alors ?!).

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En 1936, la fable sera reprise par Walt Disney, dans la série des Silly Symphonies, dessins musicaux : Le Cousin de campagne (récompensé par un Oscar). Dans les années 60, à la TV, ce sera sous cette forme que l'histoire m'arrivera pour la première fois. La course finale du rat des champs vers le fond de l'image - sa contrée paisible - rappelle la magnifique image qui achève les Temps modernes. J'ajoute à ma chanson des stridulations de grillon, évocation sonore du retour au calme et j'intercale quelques notes sifflées, ce sifflotement traduisant la bonhommie naturelle du rustique.

Pour finir, ceci entre nous, il me semble reconnaître, dans la partition du dessin animé ci-dessous, juste après le générique, quelque similitude avec des phrases musicales de Chaplin. L'accent est identique , non ? 

13 janvier 2022

OCRE ET SANG

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OCRE ET SANG 

"L'art révèle l'essence des processus cognitifs de l'esprit humain. Le comprendre, c'est comprendre la société qui l'a produit, et plus encore l'homme."

Emmanuel Anati, Aux Origines de l'art, Ed. Fayard, 2003. 

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 Glozel ? Ce nom vous rappelle-t-il quelque chose ? Longtemps je suis passé devant ce hameau sur la D995, entre Ferrières-sur-Sichon et Arronnes (Allier). C'était la route des vacances familiales, nous retournions alors en Bourbonnais, terre natale de mes parents. Glozel, disaient-ils, toute une histoire, une polémique qui n'en finissait pas. 

Glozel ! Vers 1975/76, j'ai pris le chemin pour visiter le petit musée d'Emile Fradin. Je découvris davantage de quoi il s'agissait. Des cultivateurs, les Fradin, en 1924 découvrent dans un champ des objets anciens, très anciens. Des os gravés, des pointes de flèche, et surtout des tablettes d'argile portant des signes rappelant l'écriture phénicienne. Une écriture qui remettrait en question la thèse officielle. Peste. L'affaire divise, le nom de Glozel s'affiche aux Unes de la presse nationale. Que penser ? Escroquerie de malicieux paysans ou contreverse d'experts méprisants ?

En 1990, Emile Fradin reçoit les palmes académiques ! La même année il édite un récit "pour faire triompher la vérité". Il vécut jusqu'à 103 ans, respecté des uns, moqué des autres.

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Glozel. Pour ou contre ? Voir la vidéo suivante : 

J'ignore si un scout - terme désignant une personne employée par une maison de production (plate-forme ou pas) génératrice de séries et feuilletons à gogo, que l'on charge de repérer des ouvrages susceptibles de devenir de bonnes adaptations et par conséquent de beaux coups - j'ignore donc si un scout trouverait ici de quoi exciter quelques scénaristes en quête de best-sellers. 

En revanche, à l'instant où je tape ces lignes, je sais que l'image d'une des tablettes glozéliennes sur le mur en face de moi témoigne, dans mon petit cabinet de travail, de ma  constante curiosité quant à l'invention de l'écriture et à l'art rupestre.

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En 1967, Le Singe nu, ouvrage de Desmond Morris, se vend comme des petits pains. Je l'ouvre quatre ans plus tard. Jamais je n'avais lu ce genre de bouquin. Epatant et décoiffant, comme on disait jadis. Non seulement nous ne descendons pas du singe (ce que j'avais appris au primaire) mais nous sommes bel et bien des primates.

Or, en 2003, Emmanuel Anati (Aux origines de l'art, Ed. Fayard) cherche ce qui motiverait notre créativité artistique. Il dresse un inventaire : l'art pour l'art, la magie sympathique, la magie de la chasse, la grotte cathédrale, le fortuit et l'intentionnel, la méthodologie structurale, le symbolisme sexuel, la théorie des calendriers, le chamanisme... et la théorie instinctive de Desmond Morris. Tiens, tiens...  

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De quoi s'agit-il ? En résumé, "la tendance à la créativité artistique serait antérieure à l'apparition de l'homme". Desmond Morris (qui atteindra 94 ans, le 24 janvier prochain) est aussi un peintre surréaliste. Un zoologue étudiant les primates et qui crée des toiles, fatalement, en arrive à mettre crayons et papiers entre les pattes d'un singe. De l'expérience naîtra l'affaire Congo. Ce chimpanzé réalisa, sous l'égide de Morris, des dizaines de tableaux qui, sur le marché de l'art, se vendirent plutôt bien. Il paraîtrait que Picasso, lui-même... 

Qu'en penser ?

Comme pour Glozel, est-ce une escroquerie ou... ? Anati affirme que "les feuilles maculées de peinture par les singes n'ont rien à voir avec de l'art." Il reconnaît le grand succès de la théorie de Desmond, le qualifie de "feu de paille". Une mode qui "n'eut pour résultat concret que les droits d'auteur considérables perçus par son concepteur."

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Retour au Singe nu. Voilà le chapitre, Exploration, où Desmond observe le petit enfant et le chimpanzé dessiner. Il conclut : "... les premiers dessins et peintures n'ont rien à voir avec l'acte de communiquer. C'est un acte de découverte, d'invention, on essaie les possibilités de variations graphiques. C'est de la peinture-action, et non pas de la peinture-signal".

Cette affaire de singe qui peint m'en rappelle une autre.  

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Mais oui, bien sûr, La Lumière de Bornéo ! Etrange album de la série lancée par les éditions Dupuis, Le Spirou de... Bornéo, nom d'un ourang-outan qui peint. Similitude avec Congo, nom du chimpanzé de Desmond Morris : chaque animal porte le nom de sa terre d'origine.

Le scénariste Zidrou (Benoît Drousie) connaissait-il Congo, Morris (Desmond, pas le créateur de Lucky Luke !) et la théorie instinctive en construisant son récit ? A moins que ce ne soit le dessinateur, Frank Pé, qui lui amena le concept de zooïsme... 

Spirou (avec l'aide de l'ami Fantasio) révèle que Bornéo non seulement peint des toiles émouvantes de grandes dimensions mais qu'il en imagine la scénographie ; les deux comparses mènent à bout le projet de l'exposition dans une des sphères de l'atomium de 1958.

Voilà pour le contexte.

Mon morceau instrumental, titré Ocre et sang, est une fantaisie musicale. Un pur amusement à partir d'une mélodie facile, greffée sur deux accords tournant en boucle. J'avais autrefois collé des paroles inspirées par la deuxième strophe du poème navajo  Kledze Hatal. Dès que j'ai reconnu ces mêmes mots dans la bouche de Gabriel Yacoub (Beauté), l'envie de chanter ma propre version s'est bel et bien envolée. Faut savoir s'effacer parfois, souvent. Un peu, beaucoup, etc. La mélodie sera désormais (vive le recyclage) celle de cet Ocre et sang où les percussions dominent. J'ajoute un murmure de voix très près du micro avec trois poils de reverb.

Ocre, le pigment des oeuvres rupestres ; sang, le liquide vital où coulent nos gènes communs, à nous autres, primates.  

11 janvier 2022

MARCHE DU LENDEMAIN

Marche dans la neige

MARCHE DU LENDEMAIN

"Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route." Phrase ô combien juste et achevée avec laquelle Jean Giono quitte Les Grands chemins.

 

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Durant un confinement national de l'année dernière, j'ai relu quelques pages de ce roman, exactement celles où le narrateur (anonyme) se ménage un coin dans un moulin à huile pour passer l'hiver le plus confortablement possible. Il aspire alors à la sérénité de l'enfermement (A-t-il lu la petite phrase de Pascal, ce personnage qui sait si bien demeurer en repos dans une chambre ?). Par la suite je sais qu'il reprendra, en bel errant, sa marche, sa fuite, sa course au large des saisons, au travers de la simpiternelle route que ventent pulsions, plaisirs, frustrations. Cahin-caha, ne cheminions-nous pas ainsi, semblables et indifférents ?

La Marche du lendemain germe-t-elle dans cette lecture ? Peut-être. Assurément elle accouche en décembre dernier au piano tandis que je recherche et retrouve la mélodie de Joshua fit the battle of Jericho. Le balancement de la main gauche s'apaise, la mélodie principale s'échappe ; les premières notes passent à la tierce et le reste se transforme. Tout prend une autre allure, une autre tournure.

Comme après des semaines et des mois à la fois d'errance et d'immobilisme, voici un grand besoin d'élan renouvelé vers ce qui se cache derrière l'horizon.

Pendant qu'en solitaire j'arrange et enregistre j'imagine des gens qui marchent sans empressement ni effort, en solitaire ou à plusieurs, le plus souvent dans la neige, avec l'assurance que leurs pas mènent quelque part. 

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Je lis Nord-Est (Antoine Choplin). Une histoire de marche vers un meilleur ailleurs. Le meilleur n'est sans doute pas l'ailleurs mais - on le sait - le chemin qui y mène. Banale vérité ? Je râbache l'idée que la marche est une suite de déséquilibres sur un pied.

Quand Graeme Allwright chante Demain sera bienil abandonne dans le refrain une nuance que place Léonard Cohen à l'origine : "tonight will be fine... for a while" - ce soir sera bien... pour le moment".

Que ma Marche m'embarque vers un simple lendemain et un autre, et encore un autre... pour le bonheur de l'instant, puis d'un autre et encore un.

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